L'APRES-CRISE COVID-19 SERA DIFFICILE POUR LA FRANCE Par Geneviève des Rivières (Article)

 Geneviève des Rivières

Au moment où la pandémie fut déclarée la France se relevait à peine de deux crises successives dont celle causée par une réforme du système des retraites de même que celle du mouvement des « Gilets Jaunes », qui pour sa part avait duré plus d’un an, entraînant de lourdes pertes économiques pour l'Etat et le pays tout entier.

C'est donc avec des comptes publics déjà durement secoués que le gouvernement doit maintenant relever les défis économiques et sociaux de « l’après Covid » .

Quel sera le véritable coût de la crise pour l'Etat français?

Le Président Macron dès le début de la crise s’est engagé à ce que l’Etat protège l’économie “quoi qu’il en coûte” en allant jusqu’à nationaliser ou injecter du capital dans les fleurons de l'industrie française. Des garanties de prêts ont déjà été concédées à Air France et à Renault. D'autres garanties suivront.

Jusqu’à maintenant un plan de sauvetage de 110 milliards a été mis de l’avant incluant un Fonds de solidarité pour les PME et les travailleurs indépendants. Ce Plan comprend du "chômage partiel", en vertu duquel près de 12 millions d'employés du secteur privé sont payés par l’Etat et ceci depuis 2 mois afin d’éviter des mises à pied. Ces mesures sont parmi les plus généreuses en Europe.

La France hélas dispose de peu de marge de manœuvre pour assumer ces énormes nouvelles pressions budgétaires.

Malgré une croissance de 2% initialement prévue en 2019 la France comptait avant le début de la pandémie un des taux de chômage les plus élevés en Europe atteignant près de 9%. Le nombre de chômeurs a bondi depuis mars et dépassera facilement 15%. Plusieurs entreprises devront se restructurer et des milliers d'entre elles ne survivront pas. Les secteurs les plus durement touchés sont le tourisme, la restauration, les transports, le bâtiment, l’événementiel et le culturel. Le tourisme à lui seul représente 7% du PIB. La France prévoyait recevoir près de 100 millions de visiteurs étrangers en 2020. Les recettes de cette industrie étaient estimées à 60 milliards d’euros en 2020. En ce qui concerne le secteur culturel, il demeurera sous perfusion encore longtemps. L’Etat vient de s’engager à verser une allocation à des centaines de milliers d’intermittents et ceci jusqu’en août 2021.

Comment La France pourra-t-elle financer ce trou béant dans ses comptes publics creusé par la crise?

À la différence de l’Allemagne, la France n’a pas les mêmes moyens financiers pour relancer son économie. Sa dette atteignait avant la crise près de 100% de son PIB (contre 60% pour l’Allemagne). Cette dette pourrait passer à 115% en 2020 et le déficit pourrait dépasser 8% du PIB. Contrairement à plusieurs de ses voisins la France n'est pas parvenue à réduire sa dette suite à la crise financière de 2008. L’Allemagne dispose de plus de flexibilité et de marge de manœuvre disposant déjà d'un budget équilibré et sans déficit avant le début de la crise.
En plus de ce qu'elle a versé depuis le début de la crise en mars, la France aura également à débourser des milliards additionnels suite à ses engagements pris lors des conflits sociaux des deux dernières années. A ceci s'ajoutent les dépenses en santé qui pourraient augmenter de 2 a 7 milliards d'euros pour financer l'achat de matériel et revaloriser les salaires du personnel soignant qui sont très largement inférieurs à la moyenne des pays de l’OCDE.

On se demande où la France trouvera les fonds nécessaires pour financer ces lourds engagements.

L’idée de hausser les impôts de façon généralisée a déjà été écartée par le gouvernement. Ceci serait suicidaire et retarderait le retour à la croissance tout en décourageant l’emploi. Il faut se rappeler que les impôts et de charges sociales élevés furent à l’origine de la crise des Gilets jaunes.
Augmenter les impôts des grandes entreprises n’est pas non plus viable car grand nombre d’entre elles ont déjà dû s'endetter pour survivre à la crise.
Quelques autres options ont été soulevées dont celle de taxer les citoyens les plus nantis. Ceci n’apporterait pas les milliards nécessaires et on risquerait de les faire fuir comme des dizaines de milliers de familles françaises l’ont déjà fait depuis 10 ans.
Il y existe aussi l'option de rétablir l’impôt sur la fortune (ISF), cette taxe abolie après l'élection de l'actuel gouvernement et qui a valu au Président Macron le titre de « Président des riches ». L’abolition de cet impôt devait en théorie inciter les entrepreneurs à créer de l’emploi ce qui n'a pas été démontré à ce jour.
Une autre option serait la création d’une taxe additionnelle sur les grandes sociétés peu affectées par la crise dont les GAFA. Mais ceci risquerait de provoquer encore plus de mesures protectionnistes de la part les Etats-Unis.

Le gouvernement français n’aura d’autres alternatives que d’emprunter encore sur les marchés. Fort heureusement le pays bénéficie d’une cote favorable malgré sa dette qui s’alourdit.

Comme les autres pays les plus touchés par la crise ( Espagne, Italie) la France espère pouvoir se tourner vers la solidarité européenne. L’idée d’une “mutualisation” de la dette au niveau européen ne plait pas aux pays tels que l’Allemagne ou les Pays Bas qui ont démontré une gestion rigoureuse de leurs finances publiques et sont parvenus dans les dernières années à accumuler des excédents budgétaires leur permettant de mieux gérer la crise Covid. Ils ne sont à date pas disposés à partager le fardeau d’une dette européenne commune. De plus la BCE ne peut pas financer directement l'achat de la dette des pays membres.

Serait-ce pour la France l'opportunité de s'engager dans une initiative inédite et courageuse de "rationalisation" de ses dépenses publiques?

Peut-être que cette terrible conjoncture sera effectivement perçue par le gouvernement Macron comme une opportunité de faire ce que tant d'autres pays ont fait par le passé: Réduire leurs dépenses en améliorant la performance de leur administration publique.

Pour se faire, il faudrait commencer par revoir un à un les programmes, en mesurer l'efficacité et les assainir. Il faudrait aussi réussir à faire disparaître les "niches" et les abus par exemple dans la sécurité sociale et l'aide au logement. Faire également disparaître les bénéfices offerts aux employés et ex-salariés d'entreprises publiques et de sociétés dont l'Etat est actionnaire. L'Etat pourrait aussi éliminer les doublons entre les divers paliers d'administrations et aussi intensifier l'adoption du numérique dans les services publics et para-publics. Une autre piste serait d'intensifier la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale et de mettre en place des systèmes de suivi et de sanctions plus rigoureuses pour tous ceux qui profitent de l'absence de contrôles.

Le terrain est vaste et la réduction des dépenses publiques devrait pouvoir contribuer de façon significative à alléger le lourd fardeau financier causé par la crise actuelle. Il reste à savoir si à l'issue cette grande épreuve la volonté politique existera avant la prochaine élection présidentielle pour rassembler tous les acteurs incluant les contribuables et aussi les partenaires sociaux et l'opposition dans un effort collectif d'assainissement des dépenses publiques en vue de contenir le déficit et la dette du pays et d'éviter le retour de hausses d'impôt dans les prochaines années.

Paris, 09-05-20

Geneviève des Rivières
Présidente
Institut France-Amérique latine et Caraïbes
France-Amériques

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